
Pour la première fois, je m'autorise à publier ce genre de message, bien qu'il n'ait aucun rapport avec le fait que nous soyons expatriés...
Un bébé change, au fil des mois, il grandit, grossit, et se meut de plus en plus.
(cette dernière phrase est d'une banalité à dormir)
Alors pour ceux et celles qui nous ont quitté en
- juin, juillet, ou août, (au choix)
- avec un bébé de 5,6 ou 7 kilos, (au choix)
- 8 fois par jour au sein, ou 4 fois par jour et 3 bibs, ou encore 5 bibs par jour (ET nuit !!!)
Pour ceux qui on laissé partir ce petit morceau de viande lymphatique, et braillard, voilà des nouvelles de Jean, le petit déjà grand.
Donc si vous veniez pour glâner des renseignements à propos du Wadi truc, ou du Djebel Machin, vous pouvez passer votre chemin, on donne aujourd'hui dans la couche, la régurgitation, le dentier à peine garni, et la chair rosâtre.
Ceci étant dit, on peut commencer.
Gros progrès depuis 15 jours, Jean bouge, ce qui étend considérablement la surface de marbre à nettoyer. Car pour les régurgitations, on ne perd pas le rythme, encore 3 à 4 par repas...(pas de photo...du sujet abordé)

Pas d'idée du poids, on évite les médecins, puisque tout va bien !
L'heure du repas reste un moment sérieux, mobilisant le corps entier...

2 dents, 4 en préparation, toujours un sourire de star sur joues rebondies.

Et nuits parfois encore un peu chaotiques...

On survit !
Malgré quelques belles chutes sur le front, déjà, parce que forcément, quand on s'installe en hauteur pour dominer le monde...
Ou des petits recoins pour sucer des fils electriques bien tranquillement...
Découverte de l'univers fascinant des playmobils (confisqués) des grands
Ou des petits recoins pour sucer des fils electriques bien tranquillement...
En ballade :
En camping:


Peu de temps pour la méditation. Une seule minute de silence face à ce cimetière en kaplas (merci les grands frères !)

Rebellion: "j'aime pas vos barboteuses ridicules, j'aime pas les smocks, j'veux un jogging !"

8 mois, et rêve déjà de souffler sa bougie !
Je reviendrai très bientôt, avec un sujet moins léger (si on peut parler de légèreté concernant Jean...)


A côté du petit garçon saaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaage, un tronc de palmier creusé...rien ne se perd !
Chers lecteurs, sachez qu'on ne trouve des palmeraies que dans les zones montagneuses, où les sources d'eau sont nombreuses. Ici, partout où coule une source, partout où passe de l'eau en souterrain, on voit une palmeraie. C'est une manne que les Omanais ne laisseraient passer pour rien au monde. Parce que le palmier-dattier, si on sait l'exploiter, est multi-usage. Nous allons y revenir, mais pour le moment, un petit exposé soporifique mais instructif sur les palmeraies.
Là, on aperçoit un Falaj (prononcer "falladje"), un système d'irrigation astucieux, qui permet de faire voyager de l'eau, sur parfois plusieurs kilomètres.


Des pierres plates sont ôtées ou remises en fonction des besoins en eau de telle ou telle parcelle.

Pauvre vieillard qui se retrouve sur la toile mondiale, alors qu'il voulait juste rentrer chez lui plus vite !!! La datte est ici le fruit de l'hospitalité. Une rencontre fortuite dans la montagne se termine souvent autour du couplé Kawa-dattes.
De plus près, c'est déjà plus appétissant:
Autrefois, après avoir séché quelques jours ou semaines, les dattes étaient stockées dans des pièces sombres et (relativement) fraîches, dans des sacs fabriqués à partir de la "feuille" du palmier, la palme, tressée et séchée.
Ca continue toujours à dégouliner, je vous rassure.
Notez aussi la "cloche" qui permet de conserver le plat à bonne température.




La cour centrale du fort.
Ville ancienne de Nizwa, et palmeraie.


Entre les palmiers, poussent des épis de maïs, l’endroit est vert et ombragé, ce qui est rare dans un pays désertique. La maison qui a été très belle est polie par les ans, fissurée, mais chargée d’histoire. Les parents de Souleiman y vivent, avec deux de leurs fils, et une fille. Ces trois enfants sont mariés et ont des enfants. Ils vivent donc à 21, trois générations confondues. Ici, pas de fantaisie, je prends l’entrée des femmes, Christophe entre chez les hommes. J’ôte mes chaussures, et me présente à 5 ou 6 femmes et jeunes filles. Toutes portent une longue robe couvrant les bras, et tombant jusqu’aux pieds. Elles portent un foulard qui laisse apparaître le bas du front, le visage jusqu’au menton, et elles ont toutes un pantalon serré aux chevilles qu’on devine lorsqu’elles s’assoient.
Je refuse la cuillère qu’on me propose, je leur affirme que c’est la première fois de ma vie que je mange avec mes doigts (ouhhhhhhhhhhh, la menteuse, fidèle consommatrice de MAC’ Do et autres restaurants gastronomiques américains !) L’une d’elle parle bien l’anglais, elle a une vingtaine d’années, et vit encore chez son père, un frère de Souleiman. Elle rêverait d’apprendre le Français, mais on lui a dit que c’était une langue très difficile. Et il faut aller à Mascate, à 150 kilomètres de là. On me propose de la mangue, j’accepte et la goûte sans me méfier…
Nigaude que je suis ! Je me retrouve avec le visage cramoisi, les larmes aux yeux, et elles se moquent de moi…elles me narguent gentiment en croquant dans des piments verts crus…La mangue était donc épicée, mais très peu, d’après elles ! Je ne renouvelle pas l’expérience, me contentant de riz et poulet ! Puis on passe au café, accompagné du Alwa, toujours aussi gras et sucré…Le café est très léger, mais sans parfum. On me propose une ultime sucrerie, sorte de meringue à la noix de coco. C’est très bon, mais je suis incapable d’avaler quoi que ce soit !La mère de Souleiman arrive dans la pièce. Ses yeux sont mi clos, elle est aveugle. Alix est terrorisée, pousse des cris, la contourne. Je suis obligée d’expliquer aux femmes pourquoi elle crie. Ca ne les choque pas du tout, elles font preuve d’une empathie extraordinaire, et le handicap semble être accepté comme une volonté divine. On ne tourne pas autour du pot !Pendant le temps du repas, je pensais que Jean était avec la maid Indienne, à qui je l’avais confié. Au bout d’un moment, je m’aperçois qu’elle est dans la même pièce que nous, un peu en arrière, sans Jean. Il est avec Mohamed, 10 ans, qui le promène dans le jardin, suivi de près par Henri qui s’inquiète du sort de son petit frère. J’apprendrai ainsi le lendemain que Mohamed voulait installer Jean sur une balançoire, et qu’Henri l’en a empêché. Du coup, Mohamed l’a pris sur ses genoux, et s’est balancé avec lui, déclenchant des rires, d’après Henri.Je somnole assise contre le mur, on me propose une chambre pour dormir…C’est vrai que la nuit au camping a été un peu hachée. Mais que d’aventures…On attend le retour des hommes, partis à une séance de condoléances dans une famille où un garçon de 20 ans s’est tué la veille dans un accident de voiture. Christophe ne comprendra qu’à la fin des salutations que c’était de cela qu’il s’agissait.Les statistiques de mortalité sur la route sont effroyables. Et pourtant, ni les enfants de moins de 18 ans sont comptés, ni les adultes qui décèdent des suites de leurs blessures à l’hôpital.
Les garçons de Souleiman ont pris leur argent. Ils savent que chaque année après l’Eïd, ils vont pouvoir se rendre à ce marché pour y trouver des armes et leurs munitions. Ils ont également revêtu leurs nouveaux vêtements, reçus pour la fête de fin du jeûne, des jeans bariolés et des polos rayés. Amahyma porte également un nouveau jean, et un t-shirt du meilleur goût. Sa maman l’a coiffée devant moi, à l’aide d’un peigne rustique et d’une sorte de gomina poisseuse qui donne aux cheveux un aspect crasseux, plutôt éloigné de nos canons. Arrivés sur la place, nous tentons de nous frayer un chemin parmi cette foule d’Omanais. Nous sommes les seuls occidentaux, et les seuls adultes ! (Hormis les tenanciers indiens de ces stands offrants des jouets à bas prix, made in China) Les épées offertes aux enfants dureront moins de 24 heures pour les nôtres. Mohamed s’achète un pistolet, et ses pétards. Il le pointe vers tout le monde, vers Jean, vers son père qui fronce les sourcils ! (premier geste de désapprobation depuis ce matin !)
Pendant ce temps, sur la place principale, se joue une danse de guerriers : les hommes sont en dishdacha et turban (ils ont abandonné la Kouma, plus rapide à enfiler pour le turban au nouage complexe et précis) ils portent le poignard recourbé, dont le poignet et le fourreau sont en argent ciselé et gravé de mille détails, certains portent également une cartouchière en guise de ceinture. Ils tiennent un sabre à la verticale, pointe vers le ciel, et ils le font vibrer en cadence, chantant une mélopée répétitive. Ils sont en deux lignes, face à face, et se répondent. L’un d’entre eux porte un bébé d’un an, ils sont tous adultes, mais différents âges se côtoient. Les plus âgés portent une barbe blanche qui leur donne une allure folle. Ce spectacle est fascinant, quoique assez répétitif !

Après l’ajout d’eau dans notre radiateur qui nous joue des tours, nous quittons Souleiman pour rejoindre notre hôtel à la sortie de Nizwa. Nous dînons sur place, sans grande conviction, et savourons le confort d’une douche, puis d’un lit après notre folle journée en immersion dans une famille Omanaise ! 